La rue Montorgueil : ce qui reste du ventre de Paris
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La rue Montorgueil : ce qui reste du ventre de Paris

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Une rue de marché qui n'a jamais cessé de l'être.

Zola appelait les Halles le ventre de Paris. Elles ont été démolies en 1971, remplacées par un centre commercial souterrain, puis par un autre centre commercial souterrain avec un toit ondulé.

Ce qui a survécu de ce quartier tient dans trois cents mètres de rue piétonne, un peu au nord de l'emplacement des anciennes halles. C'est la rue Montorgueil, et c'est aujourd'hui le meilleur endroit du centre de Paris pour faire ses courses à pied.

Elle est dans le 2e arrondissement, à un quart d'heure de l'Opéra et vingt minutes de République. Sa position au milieu de tout est une des raisons pour lesquelles elle revient dans les conversations sur où dormir à Paris.

La rue Montorgueil : ce qui reste du ventre de Paris

D'où vient le nom

De mont orgueilleux. Il y avait ici une butte formée par l'accumulation de déblais et de détritus, sur laquelle passait la route sortant de Paris vers le nord.

La rue a été l'axe d'approvisionnement des Halles pendant des siècles. Les marées, c'est-à-dire les arrivages de poisson venus de Dieppe et de Boulogne, remontaient par là. D'où la concentration historique de marchands d'huîtres et de restaurants de poisson, dont il reste des traces.

Ce qu'il faut voir en marchant

Stohrer, au 51

La plus ancienne pâtisserie de Paris, ouverte en 1730.

Nicolas Stohrer était le pâtissier du roi de Pologne Stanislas Leszczynski. Quand la fille de celui-ci, Marie, a épousé Louis XV, il l'a suivie à Versailles, puis il a ouvert sa boutique rue Montorgueil cinq ans plus tard.

On lui attribue l'invention du baba au rhum, dérivé d'un kouglof polonais que le roi trouvait trop sec et qu'il faisait tremper dans du vin doux. La version au rhum est venue ensuite.

La boutique a été redécorée en 1864 avec des peintures murales de Paul Baudry, le peintre qui a fait le plafond du grand foyer de l'Opéra Garnier. Elle est inscrite aux monuments historiques.

C'est petit, il y a la queue, et ça vaut la queue.

L'Escargot Montorgueil, au 38

Ouvert en 1832, avec un escargot doré monumental au-dessus de la porte et une façade classée. C'était l'un des restaurants où l'on venait manger des escargots après une nuit aux Halles.

Même sans y entrer, la devanture est l'une des mieux conservées du quartier.

Le Rocher de Cancale, au 78

Un restaurant d'huîtres dont l'enseigne remonte au début du XIXe siècle. Balzac en a fait un décor récurrent de la Comédie humaine, ses personnages y dînent régulièrement. La façade peinte est du XIXe.

L'établissement actuel n'a plus grand-chose à voir avec celui de Balzac, mais l'adresse et le nom ont traversé deux siècles.

L'église Saint-Eustache

Au sud de la rue, en bordure du jardin Nelson-Mandela.

Un bâtiment étrange : construit entre 1532 et 1640, il a un plan gothique et une décoration Renaissance. Les architectes ont commencé dans un style et fini dans un autre, ce qui donne des voûtes en ogive avec des colonnes antiques.

C'est la deuxième plus grande église de Paris après Notre-Dame. Son orgue, avec près de huit mille tuyaux, est le plus grand de France.

Richelieu, Molière et Madame de Pompadour y ont été baptisés. Les funérailles de La Fontaine et de Mirabeau y ont eu lieu. Berlioz y a créé son Te Deum en 1855.

L'intérieur est gratuit et rarement plein. Il y a des concerts d'orgue le dimanche après-midi, en accès libre.

La tour Jean-sans-Peur

20 rue Étienne-Marcel, à cinq minutes.

Le dernier vestige de l'hôtel de Bourgogne, construit entre 1409 et 1411 par Jean sans Peur, duc de Bourgogne, après qu'il eut fait assassiner son cousin Louis d'Orléans. Il s'est fait bâtir une tour fortifiée en pleine ville pour y dormir hors d'atteinte.

C'est le seul donjon urbain médiéval conservé à Paris. La voûte de l'escalier est sculptée d'un décor de branches de chêne, d'aubépine et de houblon, emblèmes des maisons rivales.

Petit musée, visite courte, presque personne.

Les rues autour

Le quartier ne se limite pas à l'axe principal, et les rues perpendiculaires sont souvent meilleures.

Rue Tiquetonne. Parallèle au sud. Plus étroite, plus calme, avec des restaurants et des boutiques de fripe.

Rue Marie-Stuart. Elle s'est appelée pendant des siècles rue Tire-Boudin, un nom que la tradition attribue à un usage nettement moins présentable. Le changement de nom est ancien et sa raison exacte est disputée.

Rue Dussoubs et passage du Grand-Cerf. Au bout, le passage du Grand-Cerf, dont la verrière monte à près de douze mètres, la plus haute de Paris. Il fait partie du parcours des passages couverts.

Rue Saint-Sauveur et rue Greneta. Le Sentier commence là. Grossistes en textile, ateliers, puis, depuis quinze ans, des bureaux de startups dans les mêmes immeubles. Le mélange est particulier.

Rue Saint-Denis. Bordant le quartier à l'est. L'une des plus vieilles rues de Paris, voie royale des entrées et des cortèges funéraires vers Saint-Denis. Sa partie nord a une réputation ancienne et toujours d'actualité, ce qui n'empêche rien mais mérite d'être dit.

Ce qu'on y fait vraiment

La rue Montorgueil n'est pas un site à visiter. C'est une rue de courses.

Poissonnier, boucher, trois fromagers, primeurs, cavistes, boulangeries, traiteurs. Les étals débordent sur la chaussée piétonne. Si vous êtes en appartement et que vous cuisinez, c'est le meilleur approvisionnement du centre de Paris sur une seule rue.

Le reste du temps, c'est une rue de terrasses. Elles occupent toute la largeur en été, et l'ambiance est celle d'un quartier qui vit dehors.

C'est aussi le bon endroit pour déjeuner entre deux visites du centre : l'Opéra Garnier est à un quart d'heure à pied vers le nord-ouest, et le quartier qui l'entoure s'enchaîne sans prendre le métro.

Les horaires qui comptent

Le matin, entre neuf et onze heures. Les commerces installent, la rue appartient aux habitants, et vous pouvez marcher.

Le dimanche matin. Le quartier est ouvert et c'est le moment où il ressemble le plus à un marché.

À éviter : samedi de midi à dix-neuf heures. La rue devient un couloir dense. Même remarque le vendredi soir.

Le lundi. Beaucoup de commerces alimentaires sont fermés, comme partout à Paris.

Ce que Monet en a fait

En 1878, pour la fête nationale du 30 juin, la rue est pavoisée de drapeaux tricolores. Claude Monet s'installe à une fenêtre et peint la scène.

La toile, La rue Montorgueil, fête du 30 juin 1878, est au musée d'Orsay. Elle montre une rue disparaissant sous les drapeaux, la foule réduite à des taches sombres en bas du cadre. Si vous allez à Orsay pendant votre séjour, cherchez-la : la rue est reconnaissable, cent cinquante ans après.

En pratique

La rue est piétonne depuis 1990, mais les livraisons passent le matin. Ne comptez pas sur le calme avant neuf heures.

Les stations les plus proches sont Étienne-Marcel, Sentier et Les Halles. Aucune n'est sur la rue elle-même.

Le jardin Nelson-Mandela, sur l'ancien emplacement des Halles, est le seul espace vert du secteur. Il est bruyant, il est fréquenté, et c'est le seul.

Notre appartement du quartier Vendôme est à quinze minutes à pied par la rue Étienne-Marcel. Voir les disponibilités.

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Disponible tous les jours de 8 h à 20 h.

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