L'Opéra se visite, et le quartier autour aussi.
Le Palais Garnier occupe onze mille mètres carrés. La salle de spectacle en occupe moins d'un tiers.
Tout le reste, c'est-à-dire l'essentiel du bâtiment, sert à ce que les gens se voient. Escaliers, foyers, galeries, rotondes, salons. Charles Garnier a conçu un théâtre dont le vrai spectacle est le public montant l'escalier.
Ça explique pourquoi on peut le visiter en journée sans assister à quoi que ce soit, et pourquoi c'est l'une des visites les plus rentables de Paris. C'est aussi un argument du quartier quand on cherche où dormir à Paris : vous êtes au point de contact entre les grands boulevards, le Palais-Royal et le Louvre.

Ce qu'on voit à l'intérieur
Le grand escalier. Trente mètres de haut, marbres polychromes de plusieurs carrières, doubles volées symétriques. Il a été conçu comme un dispositif : chaque palier permet d'être vu depuis les galeries, et chaque galerie permet de regarder ceux qui montent.
Le grand foyer. Vingt-trois mètres de long, dix-huit de haut, dorures intégrales et plafond peint par Paul Baudry. Garnier s'est inspiré des galeries des châteaux, Versailles compris, avec l'intention explicite de faire mieux. Le résultat est excessif et c'est assumé.
La salle. Rouge et or, en fer à cheval, un peu moins de deux mille places. Le lustre de bronze et de cristal pèse plus de sept tonnes.
En 1896, un contrepoids du lustre s'est détaché et a tué une spectatrice. Gaston Leroux a repris l'épisode dans Le Fantôme de l'Opéra en 1910, et c'est de là que vient tout le reste : le roman, les comédies musicales, le mythe.
Le plafond de Chagall. En 1964, André Malraux commande à Marc Chagall un nouveau plafond pour la salle. Le tollé est immédiat : on reproche l'anachronisme, on reproche l'artiste. Le plafond d'origine, peint par Jules-Eugène Lenepveu, n'a pas été détruit. Il est conservé sous la toile de Chagall, qui est montée sur une structure amovible.
Soixante ans après, la controverse est éteinte. Le contraste entre les couleurs de Chagall et les ors de la salle est devenu ce qu'on vient voir.
La bibliothèque-musée. Comprise dans le billet, et régulièrement ignorée. Maquettes de décors, costumes, partitions, une salle de lecture du XIXe restée en l'état.
Le lac souterrain
Il existe. Ce n'est pas une invention de Leroux, même s'il en a tiré parti.
Pendant le creusement des fondations, les ouvriers ont buté sur une nappe d'eau qu'aucun pompage n'arrivait à assécher. Garnier a renoncé à lutter et a fait construire une cuve étanche en béton sous le bâtiment, qui contient l'eau et stabilise les fondations.
Ce réservoir sert aujourd'hui aux pompiers de Paris, qui y font des exercices de plongée. Il ne se visite pas.
Visiter, en pratique
Le Palais Garnier se visite librement tous les jours, en dehors des répétitions et des représentations en journée. Comptez une heure à une heure trente. Les visites guidées, plus longues, permettent d'accéder à des espaces fermés au public libre.
Deux conseils. Venez à l'ouverture, en début de matinée : le grand escalier sans personne dessus est une expérience différente. Et vérifiez le calendrier la veille, les fermetures pour raisons techniques sont annoncées tardivement.
Le billet de visite ne donne pas accès à la salle si une répétition est en cours. C'est le principal motif de déception, et c'est évitable en regardant le planning.
Autour, dans cinq cents mètres
Les grands magasins, pour les coupoles
Les Galeries Lafayette Haussmann. La coupole néo-byzantine, achevée en 1912, culmine à plus de quarante mètres, avec des vitraux et des ferronneries dorées. Elle est visible gratuitement depuis le rez-de-chaussée : entrez, levez la tête, ressortez.
La terrasse du dernier étage est également gratuite et offre l'une des meilleures vues sur Paris, avec l'arrière de l'Opéra au premier plan, la tour Eiffel à gauche et Montmartre derrière. Peu de gens y montent.
Le Printemps Haussmann. Coupole Art nouveau et terrasse également accessible. La vue est comparable, la foule est moindre.
Le boulevard des Capucines
Au numéro 14, dans ce qui était le salon indien du Grand Café, les frères Lumière ont organisé le 28 décembre 1895 la première projection publique payante de cinéma. Trente-trois spectateurs. Une plaque le signale.
Au numéro 28, l'Olympia, salle ouverte en 1888, la plus ancienne salle de music-hall parisienne encore en activité.
L'église de la Madeleine
À sept minutes à pied. Un temple grec au milieu de Paris : cinquante-deux colonnes corinthiennes de vingt mètres, aucune croix visible sur la façade, aucun clocher.
Le bâtiment a mis un demi-siècle à trouver sa destination. Commencé sous Louis XV, il a été envisagé comme bibliothèque, comme bourse, comme temple à la gloire de la Grande Armée sur ordre de Napoléon, et comme gare. Il a finalement été consacré église en 1842.
L'intérieur, sombre et sans fenêtres latérales, éclairé par trois coupoles zénithales, ne ressemble à aucune autre église parisienne.
La rue Sainte-Anne
À dix minutes vers le sud. Sur six cents mètres, la plus forte concentration de restaurants japonais d'Europe : ramen, udon, izakaya, pâtisseries, épiceries.
Le quartier s'est constitué à partir des années 1980 autour des entreprises japonaises installées près de l'Opéra. Les files d'attente devant les meilleures adresses commencent avant midi et ne désemplissent pas.
La bibliothèque Richelieu
Rue de Richelieu, à douze minutes. L'ancien site de la Bibliothèque nationale, rouvert au public en 2022 après une décennie de travaux.
La salle Labrouste, achevée en 1868, est couverte de neuf coupoles de faïence blanche portées par des colonnes de fonte de trente centimètres de diamètre. C'était une prouesse à l'époque et ça reste l'un des plus beaux intérieurs du XIXe siècle à Paris.
L'accès à la salle Ovale et au musée est libre. Personne n'y va.
Les passages couverts
Le quartier en concentre l'essentiel : galerie Vivienne, galerie Colbert, passage des Panoramas, passage Jouffroy, passage Verdeau. Tous à moins d'un quart d'heure à pied. Le parcours qui les enchaîne est détaillé dans notre guide des passages couverts.
Ce que le quartier n'est pas
Un quartier où vivre longtemps. C'est un quartier de bureaux, de sièges sociaux et de commerce. Le soir après vingt et une heures, certaines rues sont vides. Le dimanche, hors grands magasins, une bonne partie est fermée.
Pour trois nuits, c'est excellent : vous êtes au centre, tout est à pied, et les liaisons vers les gares sont directes. Pour dix jours en famille, moins.
En descendant la rue de la Paix depuis l'Opéra, cinq minutes suffisent pour rejoindre la place Vendôme, qui prolonge la même logique de quartier.
Notre appartement du quartier Vendôme est à huit minutes de l'Opéra à pied. Voir les disponibilités.







Comment il est né
En 1858, Napoléon III échappe à un attentat en se rendant à l'opéra de la rue Le Peletier. La rue est étroite, la sortie mal protégée. La décision est prise de construire une nouvelle salle avec un accès sécurisé pour le souverain.
Un concours est lancé en 1861. Cent soixante et onze projets. Le lauréat est un architecte de trente-cinq ans que personne ne connaît, Charles Garnier.
L'anecdote la plus racontée concerne l'impératrice Eugénie, qui aurait demandé à Garnier de quel style relevait son projet, ni grec, ni Louis XVI, ni Louis XV. Réponse attribuée à l'architecte : c'est du Napoléon III, Madame.
Le chantier dure quatorze ans, interrompu par la guerre de 1870 et la Commune. Le bâtiment est inauguré le 5 janvier 1875, sous une République que ni son commanditaire ni son style n'avaient prévue. Napoléon III, mort en exil deux ans plus tôt, ne l'a jamais vu terminé.