Place Vendôme : une place construite à l'envers
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Place Vendôme : une place construite à l'envers

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Une place qui se traverse en trois minutes et se regarde bien plus longtemps.

Sur la plupart des places, on construit des immeubles et on décore les façades. Place Vendôme, on a fait l'inverse : les façades ont été bâties d'abord, seules, et les immeubles sont venus se glisser derrière.

Ce n'était pas une idée d'architecte. C'était une faillite.

La place est dans le 1er arrondissement, entre l'Opéra et les Tuileries, à huit minutes de l'un et cinq minutes de l'autre. C'est le point le plus central de Paris pour un séjour court, et c'est ce qui structure le choix de ce quartier plutôt qu'un autre.

Place Vendôme : une place construite à l'envers

Comment on construit une place à l'envers

En 1685, Louvois achète pour Louis XIV l'ancien hôtel du duc de Vendôme, fils naturel d'Henri IV, et le fait démolir. Le projet est ambitieux : une place royale entourée de la bibliothèque du roi, des académies, de l'Hôtel des Monnaies et des ambassadeurs.

Jules Hardouin-Mansart, l'architecte de Versailles, dessine les plans. Les travaux commencent en 1686.

Puis les finances royales s'effondrent, la guerre coûte trop cher, et l'État abandonne le projet en 1699. Les façades avaient déjà été construites.

La Ville rachète l'ensemble, redessine la place en octogone, et vend les lots à des financiers. Chacun bâtit son hôtel particulier derrière la façade existante, en s'adaptant à un décor qu'il n'a pas choisi.

Le résultat est une unité architecturale parfaite avec des bâtiments totalement hétérogènes derrière. Regardez les toits depuis le centre : ils ne s'alignent pas.

Au milieu se dressait une statue équestre de Louis XIV par Girardon, fondue à la Révolution en 1792.

La colonne, et ce qui lui est arrivé

Napoléon fait ériger la colonne entre 1806 et 1810 pour célébrer Austerlitz. Quarante-quatre mètres, une spirale de bas-reliefs en bronze qui raconte la campagne de 1805, sur le modèle de la colonne Trajane à Rome.

Le bronze provient, selon la version officielle de l'époque, de canons pris à l'ennemi. Le chiffre de douze cents pièces a circulé et il est largement surestimé.

Le 16 mai 1871, pendant la Commune de Paris, la colonne est abattue. Elle est jugée comme un monument à la guerre et au despotisme. L'opération est photographiée, la colonne tombe sur un lit de fumier et de fascines pour amortir la chute, et la foule pose sur les débris.

Gustave Courbet, peintre et président de la commission des arts de la Commune, avait proposé le démontage de la colonne avant l'insurrection. Après la répression, il est tenu pour responsable de sa destruction. Condamné à financer la reconstruction, soit plus de trois cent vingt mille francs, il s'exile en Suisse. Il meurt en décembre 1877, la veille de la date fixée pour son premier versement.

La colonne a été relevée entre 1873 et 1875. Elle porte au sommet une statue de Napoléon en empereur romain, qui est elle-même la quatrième ou cinquième à occuper cette position selon les régimes.

Elle ne se visite pas.

Le mètre étalon

Sous les arcades du numéro 13, aujourd'hui le ministère de la Justice, est scellée une barre de marbre horizontale d'un mètre de long.

C'est l'un des seize mètres étalons installés dans Paris entre 1796 et 1797 pour faire adopter le système métrique. La Révolution venait d'abolir les mesures locales, qui variaient d'une ville à l'autre, et il fallait que chacun puisse vérifier physiquement ce qu'était un mètre.

Il en reste deux en place. Celui-ci, et un autre rue de Vaugirard.

Personne ne s'arrête devant. Il est à hauteur de main, sur le mur, à gauche en entrant sous les arcades depuis la rue de Castiglione.

Les joailliers, et pourquoi ici

La place concentre la plus forte densité de haute joaillerie au monde. Van Cleef & Arpels, Boucheron, Chaumet, Bulgari, Dior, et la rue de la Paix qui la prolonge vers l'Opéra avec Cartier.

L'installation date de la fin du XIXe siècle. Boucheron est arrivé en 1893 et la tradition veut qu'il ait choisi l'angle le plus exposé au soleil pour que ses pierres brillent le plus longtemps dans la journée. L'anecdote est invérifiable et l'angle est effectivement le bon.

Chaumet occupe le numéro 12, qui est aussi l'appartement où Frédéric Chopin est mort en 1849.

Vous n'avez rien à acheter ici et ce n'est pas le sujet. Mais les vitrines, le soir, quand la place est éclairée et vide, valent le détour.

Le Ritz

Ouvert en 1898 par César Ritz, hôtelier suisse, avec Auguste Escoffier aux cuisines. C'est le premier hôtel au monde à avoir installé une salle de bains dans chaque chambre et l'électricité dans tout le bâtiment.

Coco Chanel y a vécu plus de trente ans, dans une suite qui porte son nom. Hemingway y a passé assez de temps pour qu'un bar porte le sien.

L'hôtel a fermé quatre ans pour une rénovation complète et a rouvert en 2016.

Autour, à cinq minutes

Le jardin des Tuileries. Au sud, par la rue de Castiglione. Vingt-cinq hectares dessinés par Le Nôtre en 1664, sur un ancien terrain de fabriques de tuiles, d'où le nom. C'est le plus fréquenté des jardins parisiens et le seul qui relie physiquement le Louvre à la Concorde.

Le musée de l'Orangerie. À l'extrémité ouest des Tuileries. Deux salles ovales conçues par Monet lui-même pour ses Nymphéas, avec une lumière naturelle zénithale. C'est un petit musée, une heure suffit, et l'expérience des deux salles ne ressemble à rien d'autre.

Le Palais-Royal. À sept minutes vers l'est. Jardin fermé par des galeries, colonnes de Buren dans la cour d'honneur, arcades avec des boutiques anciennes. C'est l'endroit le plus calme du centre de Paris.

L'église Saint-Roch. Rue Saint-Honoré, à quatre minutes. Façade criblée d'impacts de balles datant du 13 vendémiaire 1795, quand Bonaparte, jeune général, a fait tirer au canon sur les insurgés royalistes réfugiés sur les marches. Les traces sont visibles.

La rue Saint-Honoré. L'axe commerçant, du Palais-Royal à la Concorde. C'est aussi l'ancienne route qu'empruntaient les charrettes vers l'échafaud de la place de la Révolution.

Les passages couverts. Galerie Véro-Dodat à dix minutes, galerie Vivienne à douze. Le parcours complet est dans notre guide des passages.

Quand y aller

Tôt le matin. La place est vide, les vitrines sont encore éclairées, et la lumière rasante prend les façades. C'est le seul moment où on peut la photographier sans voiture au premier plan.

Le soir après vingt et une heures. Même chose, avec l'éclairage.

La place est en grande partie occupée par du stationnement et de la circulation le reste de la journée. C'est sa faiblesse, et elle est réelle.

Ce que vaut le quartier pour un séjour

C'est la centralité maximale. Le Louvre est à dix minutes à pied, l'Opéra Garnier à huit, la Concorde à sept, la rue Montorgueil à quinze, le Marais à vingt-cinq. Vous ne prenez le métro que pour aller à Montmartre ou aux gares.

En échange, le quartier est cher, calme le soir et très calme le dimanche. Ce n'est pas un quartier de vie, c'est un quartier de position.

Pour trois ou quatre nuits, c'est ce qu'il y a de plus efficace à Paris. Pour dix jours, le 11e ou le haut Marais donneront plus.

Notre appartement du quartier Vendôme est à quelques minutes de la place. Voir les disponibilités.

Une question ? Notre équipe vous répond.

Disponible tous les jours de 8 h à 20 h.

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