Le Marais commence au nord, là où il est encore habité.
Il y a deux Marais et ils ne se ressemblent plus depuis longtemps.
Le premier, au sud, autour de la rue des Rosiers et de la rue des Francs-Bourgeois, est l'un des endroits les plus fréquentés de Paris. Le samedi après-midi, on y avance au pas. Les enseignes internationales ont remplacé une partie des commerces, et les loyers ont fait le reste.
Le second commence au nord de la rue de Bretagne, dans le 3e arrondissement. Mêmes hôtels particuliers, mêmes rues du XVIIe, et une densité de visiteurs divisée par cinq. C'est celui-là qui vaut la marche, et c'est celui qui est à dix minutes à pied de la place de la République, ce qui compte quand on choisit où dormir à Paris.

La rue de Bretagne
Six cents mètres, entre la rue du Temple et la rue de Turenne. C'est la colonne vertébrale du quartier et l'une des rares rues du Marais qui fonctionne encore comme une rue de village.
Boucher, poissonnier, fromager, trois boulangeries, un caviste, des cafés avec des habitués. Rien de spectaculaire, et c'est exactement le point : dans un arrondissement devenu une vitrine, cette rue a gardé ses commerces de vie.
Elle se parcourt en dix minutes et se pratique en une heure.
Le marché des Enfants Rouges
39 rue de Bretagne. Le plus ancien marché couvert de Paris, ouvert en 1628 sous Louis XIII.
Le nom vient d'un orphelinat voisin, l'hospice des Enfants-Dieu, fondé au XVIe siècle. Les enfants y portaient des uniformes rouges, couleur de la charité chrétienne. Les Parisiens ont appelé le marché d'après eux et le nom a survécu à l'orphelinat de plusieurs siècles.
Le marché a failli disparaître dans les années 1990. Il était en ruine, la Ville envisageait de vendre le terrain, une association de quartier s'y est opposée. Il a rouvert en 2000 après restauration. Il est classé monument historique depuis 1982.
Ce qu'on y trouve aujourd'hui : quelques étals de primeurs et de fromages, et surtout une dizaine de comptoirs de cuisine, marocain, japonais, italien, antillais, avec des tables communes serrées entre les allées.
C'est bruyant, c'est étroit, ça déborde le week-end. Venez en semaine à midi, ou le samedi avant onze heures. Fermé le lundi.
Le Carreau du Temple
Une halle de fer et de verre construite en 1863, à cinq minutes de la rue de Bretagne.
L'histoire du lieu est plus lourde que le bâtiment. C'était l'enclos du Temple, siège parisien de l'ordre des Templiers depuis le XIIe siècle, une ville dans la ville, avec ses murailles et ses privilèges. Après la dissolution de l'ordre, l'enclos est resté une enclave hors de la juridiction royale, où les artisans pouvaient travailler sans appartenir à une corporation.
La tour du Temple a servi de prison à Louis XVI, Marie-Antoinette et leurs enfants après août 1792. Le roi en est parti pour l'échafaud. Napoléon a fait démolir la tour en 1808 pour éviter qu'elle ne devienne un lieu de pèlerinage royaliste.
La halle actuelle a été un marché aux vêtements d'occasion pendant plus d'un siècle, puis un bâtiment menacé de démolition, sauvé par référendum local. Depuis sa réhabilitation en 2014, c'est un équipement municipal : salle de sport, expositions, salons, concerts.
À côté, le square du Temple, un des rares jardins du quartier, avec une pièce d'eau et une cascade artificielle.
Les musées, et lesquels choisir
Le haut Marais et ses abords concentrent quatre musées majeurs. Ils ne se valent pas selon ce que vous cherchez.
Le musée Carnavalet, rue de Sévigné. L'histoire de Paris, de la préhistoire à aujourd'hui, dans deux hôtels particuliers reliés. Enseignes anciennes, maquettes, la chambre de Proust reconstituée, une collection sur la Révolution qui est la meilleure de la ville. L'entrée des collections permanentes est gratuite. C'est le musée à faire en premier si vous ne connaissez pas Paris.
Le musée Picasso, 5 rue de Thorigny, dans l'hôtel Salé, un hôtel particulier de 1659 construit pour un collecteur de la gabelle, l'impôt sur le sel, d'où le nom. La collection vient de la dation faite par les héritiers de Picasso à l'État. Le bâtiment est aussi intéressant que les œuvres.
Les Archives nationales, rue des Francs-Bourgeois, dans l'hôtel de Soubise. Les salons rocaille du XVIIIe sont parmi les plus beaux intérieurs conservés de Paris, et les jardins sont ouverts et gratuits.
Le musée des Arts et Métiers, à la limite nord du 3e. Le plus sous-estimé des quatre. Machines, automates, instruments, le premier avion de Blériot suspendu dans une église désaffectée, et le pendule de Foucault dans le chœur. Si vous voyagez avec des enfants ou si la technique vous intéresse, c'est celui-là.
Les rues à prendre
Le quadrillage entre la rue de Bretagne et la rue de Turenne se marche sans plan.
Rue Charlot. Galeries d'art contemporain, boutiques de créateurs, et des façades du XVIIe en enfilade.
Rue de Poitou et rue Debelleyme. Plus calmes encore. C'est ici que se sont installées les galeries qui ont quitté Saint-Germain dans les années 2000.
Rue Vieille-du-Temple, partie nord. Au-dessus de la rue de Bretagne, elle n'a rien à voir avec sa partie sud, saturée. Hôtels particuliers, cours accessibles, peu de monde.
Rue des Archives. L'axe nord-sud, plus passant, avec les Archives nationales à mi-parcours.
Le dimanche
C'est le jour où le Marais prend tout son sens, et la raison est historique.
Le quartier est le cœur de la vie juive parisienne depuis le XIXe siècle. Beaucoup de commerces fermant le samedi, une dérogation permet l'ouverture dominicale sur une zone qui a fini par couvrir l'ensemble du Marais.
Résultat : pendant qu'une grande partie de Paris a le rideau baissé, ici tout est ouvert. C'est aussi pour ça que le sud du quartier est impraticable le dimanche après-midi. Restez au nord de la rue de Bretagne et le rapport reste tenable.
L'autre solution par temps de pluie, à un quart d'heure de là, ce sont les passages couverts. Les galeries se traversent à couvert, en gardant en tête que la plupart des boutiques y sont fermées le dimanche.
En pratique
Le marché des Enfants Rouges est fermé le lundi, comme la plupart des marchés couverts parisiens.
Les musées municipaux, Carnavalet compris, sont fermés le lundi. Le musée Picasso aussi.
Le quartier n'a pas de station de métro centrale. Filles du Calvaire, Temple, Saint-Sébastien-Froissart et Arts et Métiers l'entourent sans le desservir. Vous marcherez, ce qui est de toute façon la bonne façon de le voir.
Depuis nos appartements du boulevard Voltaire, la rue de Bretagne est à quinze minutes à pied par la rue du Temple. Voir les disponibilités.






