Le quartier change de fonction à la tombée du soir.
Le 11e arrondissement est l'un des territoires urbains les plus densément peuplés d'Europe. Environ quarante mille habitants au kilomètre carré, sans tours, sans grands ensembles, juste des immeubles de six étages serrés les uns contre les autres sur trois kilomètres carrés.
Ça se sent immédiatement. Il y a du monde partout, tout le temps, et presque personne n'est là en visite.
C'est ce qui distingue le quartier du reste de Paris central, et c'est pour ça qu'il revient dans presque toutes les listes quand on cherche où dormir à Paris au-delà d'un premier séjour.

La place de la République
Trois hectares et demi, l'une des plus grandes places de Paris, et la plus utilisée.
Elle a été entièrement repensée en 2013. Avant, c'était un carrefour giratoire avec un terre-plein central où personne n'allait. Le réaménagement a supprimé la circulation sur trois côtés et transformé la surface en un plateau minéral continu, avec un miroir d'eau et un espace ouvert de deux cents mètres de long.
Au centre, la statue de la République, installée en 1883, œuvre des frères Morice. Marianne tient un rameau d'olivier, elle est entourée de trois figures allégoriques, et son socle porte des bas-reliefs qui racontent l'histoire de la République en douze épisodes.
La place est devenue le lieu de rassemblement par défaut de Paris. Manifestations, veillées, concentrations de skateurs, marchés éphémères. Un jour ordinaire, il y a des adolescents en skate autour du socle et des gens assis par terre.
Sous la place, cinq lignes de métro : 3, 5, 8, 9 et 11. C'est l'un des trois plus gros nœuds du réseau. Concrètement, vous atteignez la plupart des points d'intérêt de Paris sans changer de rame.
La rue Oberkampf
Elle porte le nom de Christophe-Philippe Oberkampf, industriel bavarois naturalisé français qui a fondé la manufacture de toile de Jouy à la fin du XVIIIe siècle. Rien à voir avec le quartier, sinon qu'il y avait ici des ateliers de tissage.
La rue monte doucement de la place de la République vers Ménilmontant sur un kilomètre et demi. Elle a trois visages selon l'endroit.
Le bas, jusqu'à la rue Saint-Maur : commerçant et ordinaire. Boulangeries, épiceries, restaurants de quartier.
Le milieu, autour du numéro 109 : la partie qui a fait la réputation de la rue. Le Café Charbon, ancien café-concert de 1900 rouvert en 1995 avec son décor d'origine, a lancé un mouvement qui a transformé le quartier en dix ans. Les bars s'y sont installés en série. C'est bruyant du jeudi au samedi, jusqu'à deux heures.
Le haut, vers Ménilmontant : ça grimpe, ça se calme, et on entre dans le 20e.
Une remarque utile si vous logez à proximité : le bruit se concentre sur trois cents mètres. Une rue plus loin, rue Ternaux ou rue de la Folie-Méricourt, on n'entend rien.
La rue Jean-Pierre-Timbaud
Parallèle à Oberkampf, une rue au nord, et beaucoup plus intéressante à parcourir.
Elle porte le nom d'un syndicaliste métallurgiste fusillé comme otage à Châteaubriant en 1941. Sur huit cents mètres, elle superpose ce que le quartier a été et ce qu'il est devenu : une mosquée, des épiceries maghrébines, des bars à vin récents, des ateliers, des salles de concert.
C'est le meilleur endroit du 11e pour comprendre comment le quartier s'est stratifié sans que rien ne disparaisse tout à fait.
Le boulevard Voltaire
Percé sous le Second Empire dans le cadre des travaux d'Haussmann, il relie la place de la République à la place de la Nation en ligne droite sur trois kilomètres. Il s'est d'abord appelé boulevard du Prince-Eugène, puis boulevard Voltaire à partir de 1870.
C'est un axe large, avec des immeubles haussmanniens réguliers, des commerces au rez-de-chaussée sur toute la longueur, et une pharmacie tous les trois cents mètres. Rien de spectaculaire, beaucoup de commodité.
Au numéro 50, le Bataclan, salle construite en 1865 dans un style chinois qui était alors à la mode. C'est l'une des plus anciennes salles de spectacle de Paris encore en activité.
C'est sur ce boulevard que se trouvent nos appartements parisiens, à cinq minutes de la place de la République.
Les marchés
Le marché Bastille, boulevard Richard-Lenoir, le jeudi et le dimanche matin. C'est l'un des plus grands marchés alimentaires de Paris, étendu sur plusieurs centaines de mètres au-dessus du canal Saint-Martin voûté. Le dimanche, il faut jouer des coudes. La qualité est réelle, les prix sont ceux de Paris.
Le marché Popincourt, boulevard Richard-Lenoir également, plus au nord, le mardi et le vendredi. Plus petit, plus calme, plus local.
Ces deux marchés se tiennent sur un terre-plein sous lequel coule le canal, invisible depuis 1860. Le détail est dans notre guide du canal Saint-Martin.
Les cours et les passages
C'est la partie du quartier que personne ne cherche et qui vaut la marche.
Le 11e était un arrondissement d'artisans, prolongement du faubourg Saint-Antoine et de son industrie du meuble. Les ateliers étaient organisés en cours et en passages ouverts sur la rue : une entrée étroite, une allée pavée, des bâtiments bas à verrière de chaque côté.
Beaucoup ont été transformés en logements ou en bureaux, mais la structure est intacte. Cité Griset, passage Saint-Sébastien, cour de l'Industrie, passage Charles-Dallery. Poussez les portes cochères quand elles sont ouvertes, regardez, ressortez.
C'est le même geste que dans les traboules lyonnaises, avec une histoire différente : ici le bois et le meuble, là-bas la soie.
Le Cirque d'Hiver
110 rue Amelot, à dix minutes de la place de la République.
Un bâtiment de 1852 signé Jacques Ignace Hittorff, l'architecte de la place de la Concorde et de la gare du Nord. Vingt côtés, une coupole, une façade avec deux amazones à cheval. C'est le plus ancien cirque en dur encore en activité en Europe, exploité par la famille Bouglione depuis 1934.
Même sans y assister à un spectacle, la façade mérite le détour. Elle n'est indiquée nulle part et personne ne s'y arrête.
Ce que le quartier n'a pas
Il faut être clair sur ce point, parce que c'est ce qui fait renoncer certaines personnes.
Pas de monument. Aucun. Le 11e n'a ni musée majeur, ni église remarquable, ni perspective haussmannienne célèbre. Si votre séjour est construit autour de sites à visiter, ce n'est pas votre quartier.
Peu d'espaces verts. Le square Maurice-Gardette, le jardin Truillot, et c'est à peu près tout. Pour de l'espace, il faut aller au père-Lachaise, à quinze minutes, ou aux Buttes-Chaumont.
Pas de vue. Le 11e est plat et bâti serré. Vous ne verrez rien depuis votre fenêtre à part la rue.
Ce qu'il a en échange : une densité de commerces de proximité que peu de quartiers parisiens égalent, et une position à quinze minutes à pied du Marais, du canal et de Bastille. C'est d'ailleurs de là que part notre programme sur deux jours, pour cette raison.
En pratique
Le quartier vit tard mais dort le lundi. Beaucoup de restaurants ferment le dimanche soir et le lundi.
Les rues Oberkampf et Jean-Pierre-Timbaud sont bruyantes du jeudi au samedi. Sur les rues perpendiculaires, ce n'est plus le cas.
Le dimanche matin, allez au marché Bastille avant onze heures. Après, c'est un couloir.
Le père-Lachaise est à quinze minutes de marche par la rue de la Roquette. C'est la promenade du dimanche du quartier, et c'est le cimetière le plus visité au monde.
Nos appartements du boulevard Voltaire sont à cinq minutes de la place de la République et à un quart d'heure du canal. Voir les disponibilités.






