Le canal Saint-Martin : ce qu'il y a le long des quais
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Le canal Saint-Martin : ce qu'il y a le long des quais

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Neuf écluses, deux kilomètres, et une vie de quartier sur les berges.

Un dimanche d'avril, les quais sont fermés aux voitures, il y a trois cents personnes assises sur les bords en pierre, des enceintes portables, des bouteilles, et une péniche qui monte lentement dans une écluse pendant que tout le monde la regarde sans vraiment la regarder.

C'est l'image que le canal Saint-Martin donne de lui-même. Elle est juste et elle est récente. Il y a quarante ans, on parlait de le combler pour faire une autoroute urbaine.

Le canal traverse le 10e arrondissement du nord au sud, à cinq minutes à pied de la place de la République. C'est l'un des arguments qui font pencher pour ce quartier quand on choisit où dormir à Paris : vous avez quatre kilomètres de promenade sans voiture en bas de chez vous.

Le canal Saint-Martin : ce qu'il y a le long des quais

Pourquoi il existe

Pour boire.

Au début du XIXe siècle, Paris manque d'eau potable et les épidémies suivent. Napoléon Bonaparte décrète en 1802 la construction d'un canal amenant l'eau de l'Ourcq, en Picardie, jusqu'à la capitale. Le financement vient d'une taxe sur le vin, ce qui a fait beaucoup rire à l'époque.

Les travaux durent vingt ans. Le canal Saint-Martin ouvre en 1825. Il fait quatre kilomètres et demi, relie le bassin de la Villette au port de l'Arsenal près de la Bastille, et rattrape vingt-cinq mètres de dénivelé grâce à neuf écluses.

À l'usage, l'eau potable devient secondaire et le transport prend le dessus. Charbon, grains, matériaux de construction. Le canal alimente Paris en marchandises jusqu'aux années 1960.

La partie qu'on ne voit pas

Entre la Bastille et la place de la République, le canal est sous terre.

Sous le Second Empire, Haussmann fait voûter deux kilomètres pour créer le boulevard Richard-Lenoir. Le canal continue de couler, à ciel fermé, sous les marchés et les terre-pleins où les gens jouent à la pétanque.

Les péniches qui remontent depuis l'Arsenal passent donc par un tunnel de deux kilomètres, éclairé par des puits de lumière percés dans la voûte. C'est la partie la plus étrange du parcours et elle ne se voit qu'en bateau.

Le parcours à pied, du sud au nord

Comptez une heure trente sans arrêts, trois heures si vous vous asseyez.

Départ : place de la République, sortie rue du Faubourg-du-Temple.

Descendez le faubourg vers le nord-est jusqu'au canal. Cinq minutes. Le canal réapparaît à l'air libre juste après la place, aux écluses du Temple.

Les écluses du Temple et la passerelle.

Premier point d'arrêt. Le mécanisme est visible, le dénivelé est net, et une péniche passe environ toutes les vingt minutes en saison.

Les passerelles métalliques en dos d'âne, qui reviennent tout le long du parcours, sont la signature visuelle du canal. Elles ont été conçues pour laisser passer les mâts.

Quai de Valmy et quai de Jemmapes.

Les deux rives, l'une en face de l'autre, et elles n'ont pas le même caractère. Valmy, côté ouest, est plus commerçant. Jemmapes, côté est, plus résidentiel et plus calme.

L'Hôtel du Nord, 102 quai de Jemmapes.

La façade est célèbre à cause du film de Marcel Carné, sorti en 1938, où Arletty lance sa réplique sur l'atmosphère. Précision qui gâche un peu la légende : le film n'a pas été tourné ici. Le décor a été entièrement reconstruit en studio à Billancourt, canal compris.

Le bâtiment réel a failli être démoli dans les années 1980. Il a été sauvé par une mobilisation de quartier et classé. C'est aujourd'hui un restaurant.

Les rues perpendiculaires.

C'est là que le quartier se joue, plus que sur les quais eux-mêmes.

Rue de Marseille, rue Beaurepaire, rue de Lancry : concept stores, disquaires, boutiques de créateurs, cafés. La densité est forte sur trois cents mètres, puis ça retombe.

Le jardin Villemin.

Un jardin de quatre hectares en retrait du quai de Valmy, sur l'ancien hôpital militaire Villemin. Le seul espace vert de taille correcte du secteur, et l'endroit où le quartier respire quand les quais sont pleins.

Les écluses des Récollets.

Double écluse, avec un pont tournant. Si une péniche passe, arrêtez-vous : la manœuvre du pont, qui pivote pour libérer le passage, prend une dizaine de minutes et c'est le meilleur spectacle gratuit du canal.

Le bassin de la Villette.

Le canal s'élargit et devient le plus grand plan d'eau de Paris. Deux cinémas de part et d'autre, des pédalos en été, un terrain de pétanque permanent, et la Rotonde de Stalingrad à l'extrémité sud.

La Rotonde est une barrière d'octroi construite par Claude-Nicolas Ledoux en 1788, l'un des rares vestiges du mur des Fermiers généraux, cette enceinte fiscale qui entourait Paris avant la Révolution. Le bâtiment a servi de dépôt, de salle de sport, et abrite aujourd'hui un restaurant.

De là, en continuant, vous arrivez au parc de la Villette et à la Philharmonie. Ajoutez trente minutes.

Le canal en bateau

Deux compagnies proposent la remontée entre le port de l'Arsenal et le bassin de la Villette. Deux heures trente, une vingtaine d'euros, plusieurs départs par jour d'avril à octobre.

L'intérêt n'est pas les quais, que vous voyez mieux à pied. C'est le tunnel sous le boulevard Richard-Lenoir, et le passage des écluses vu de l'intérieur, ce qui donne une idée précise de ce que représente vingt-cinq mètres de dénivelé.

Réservez en été, les départs sont pleins.

Ce qu'on trouve quand on le vide

Le canal est mis en chômage, c'est-à-dire vidé, tous les dix à quinze ans, pour entretenir les berges et les écluses.

La dernière opération a livré ce qu'on imagine, en pire : des dizaines de vélos, des trottinettes, des scooters, des chariots de supermarché, des pièces de monnaie, plusieurs armes à feu, et un obus de la Première Guerre mondiale.

Si vous tombez sur une période de chômage, allez-y. Un canal vide au milieu de Paris, avec ses quatre mètres de profondeur à sec et ses parois de pierre nues, ne ressemble à rien d'autre.

Quand y aller

Dimanche et jours fériés. Les quais de Valmy et de Jemmapes sont fermés à la circulation dans le cadre de Paris Respire. C'est le moment où le canal est le plus vivant, et le plus plein.

En semaine, en fin d'après-midi. La lumière tombe dans l'axe du canal, les écluses fonctionnent, et il reste de la place sur les bords.

Tôt le matin. Les quais sont vides et les péniches commencent à passer vers huit heures.

À éviter : samedi soir en été. Le canal devient un lieu de rassemblement, ce qui est agréable à vingt-cinq ans et pénible sinon. Pour le verre d'après, il vaut mieux redescendre vers Oberkampf et République, à dix minutes.

En pratique

Les bords du canal n'ont pas de barrière sur la plus grande partie du parcours. Avec de jeunes enfants, restez côté trottoir.

Il n'y a presque pas de toilettes publiques sur le parcours. Prévoyez.

Les commerces des rues perpendiculaires ferment tôt, souvent avant dix-neuf heures, et beaucoup sont fermés le lundi.

Depuis notre appartement du boulevard Voltaire, les premières écluses sont à un quart d'heure de marche par la place de la République. Voir les disponibilités.

Une question ? Notre équipe vous répond.

Disponible tous les jours de 8 h à 20 h.

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