La Croix-Rousse : les pentes et le plateau
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La Croix-Rousse : les pentes et le plateau

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Deux quartiers portent le même nom et ne se ressemblent pas.

Michelet a écrit que Lyon avait deux collines : celle qui prie, Fourvière, et celle qui travaille, la Croix-Rousse. La formule a tenu parce qu'elle est juste. Cent cinquante ans plus tard, la colline qui travaille a gardé sa forme, ses plafonds hauts et ses escaliers, même si plus personne n'y tisse.

Le quartier commence à dix minutes à pied des Terreaux, ce qui en fait le prolongement naturel d'un séjour dans le 1er arrondissement. Il se divise en deux, et la distinction n'est pas administrative, elle est physique.

La Croix-Rousse : les pentes et le plateau

Les pentes et le plateau, deux quartiers différents

Les pentes, c'est le versant. Le haut du 1er arrondissement, entre les Terreaux et le boulevard. Des rues étroites, des escaliers, des immeubles serrés, une population jeune et un tissu associatif dense. On y monte, on n'y flâne pas.

Le plateau, c'est le sommet. Le 4e arrondissement, plat, aéré, organisé autour d'un boulevard et d'un marché. Vie de village, commerces de quartier, familles. On y reste.

Entre les deux, cent mètres de dénivelé. C'est peu sur une carte et beaucoup dans les jambes.

Pourquoi les plafonds sont si hauts

Toute l'architecture du quartier vient d'une machine.

En 1801, Joseph-Marie Jacquard met au point un métier à tisser à cartes perforées. Il permet de tisser des motifs complexes sans l'aide d'un enfant tireur de lacs. Il est aussi beaucoup plus haut que les métiers précédents : près de quatre mètres.

Les tisserands, les canuts, travaillaient jusque-là dans le Vieux Lyon, dans des immeubles Renaissance aux plafonds bas. Impossible d'y installer un Jacquard. Alors on a construit, sur la colline, des immeubles neufs faits pour la machine : plafonds de quatre mètres, grandes fenêtres pour la lumière, escaliers larges pour monter les pièces de soie.

C'est ce qu'on visite aujourd'hui. Un quartier entier construit autour d'un objet.

Les révoltes, et ce qu'il en reste

Les canuts n'étaient pas ouvriers d'usine mais artisans à façon, payés à la pièce par les marchands-fabricants de la presqu'île. Quand les prix ont chuté, ils se sont soulevés. En 1831, puis en 1834, puis en 1848.

Leur devise : vivre en travaillant ou mourir en combattant. On la lit encore sur des façades.

La cour des Voraces est le lieu où cette histoire est la plus lisible. On y entre au 9 place Colbert, on en ressort au 29 rue Imbert-Colomés ou au 14 bis montée Saint-Sébastien. Au centre, un escalier monumental à six volées, à ciel ouvert, construit vers 1840. Les Voraces étaient une société de compagnons canuts. La cour a servi en 1848, puis pendant la Résistance, pour circuler sans être vu.

Elle est ouverte au public et gratuite. Entrez, montez, ressortez de l'autre côté. C'est la traboule la plus impressionnante de Lyon, et elle n'est pas dans le Vieux Lyon. Nous avons détaillé les parcours dans un guide des traboules.

Monter : trois façons

La montée de la Grande Côte. L'ancienne voie principale vers le plateau, avant les tunnels. Elle part de la rue des Capucins, au-dessus des Terreaux, et grimpe droit sur cinq cents mètres, alternant pente et escaliers. C'est le plus beau chemin et le plus fatigant. En haut, le Gros Caillou : un bloc de quartzite charrié là par un glacier alpin, exhumé en 1892 lors du percement du funiculaire, devenu emblème du quartier. Vue sur toute la ville depuis l'esplanade.

Le métro C. Depuis Hôtel de Ville, deux stations. C'est un métro à crémaillère, l'un des rares au monde, parce que la pente dépasse ce qu'une rame classique peut avaler. Trois minutes, et vous êtes en haut sans avoir transpiré. La station Croix-Paquet est la plus pentue du réseau.

Le passage Thiaffait. Depuis la rue Burdeau, un ensemble d'escaliers et de cours réhabilité qui abrite depuis 2004 des ateliers de créateurs. C'est la montée la plus douce et la plus intéressante commercialement.

Le marché du boulevard

Boulevard de la Croix-Rousse, tous les matins sauf le lundi. C'est le plus grand marché quotidien de Lyon, et le seul qui ne ressemble pas à un marché pour touristes.

Maraîchers du Rhône et de l'Ain, fromagers, un poissonnier, des rôtisseurs. Ça commence vers sept heures et ça s'arrête vers treize heures. Le dimanche matin, c'est plein, bruyant et excellent.

Si vous logez sur la presqu'île, c'est une raison suffisante pour monter un matin. Vingt minutes de montée, redescente en métro avec les sacs.

En octobre et novembre, le boulevard accueille la Vogue des Marrons, une fête foraine qui s'installe sur près d'un kilomètre. Si vous venez à cette période, sachez que le quartier change complètement de visage et de niveau sonore.

Ce qu'il faut voir, dans l'ordre où ça se présente

L'amphithéâtre des Trois Gaules, rue Lucien-Sportisse. Construit vers 19 après Jésus-Christ, il accueillait l'assemblée des délégués des soixante peuples gaulois. C'est le plus vieux monument visible de Lyon, et il est dans un jardin de quartier où les gens déjeunent. Presque personne ne s'y arrête.

Le Mur des Canuts, boulevard des Canuts. Mille deux cents mètres carrés de peinture murale, la plus grande fresque d'Europe à sa création en 1987. Elle a été repeinte deux fois, en 1997 et en 2013, pour faire vieillir les personnages. Les enfants du premier mur y sont adultes. Détails dans notre guide des murs peints.

La Maison des Canuts, rue d'Ivry. Un atelier en activité avec démonstration de tissage sur un Jacquard d'époque. C'est court, c'est concret, et ça rend compréhensible tout ce que vous venez de lire.

Le jardin Rosa Mir, grande rue de la Croix-Rousse. Un jardin construit à la main par un maçon espagnol, Jules Senis, entièrement décoré de coquillages et de pierres. Ouverture limitée, en général le samedi d'avril à octobre. Vérifiez avant de vous déplacer.

Le Clos Jouve, esplanade au bout du boulevard. La vue la moins connue sur Lyon, sans la foule de Fourvière.

En pratique

Le quartier ferme tôt. Le plateau vit le jour et le matin, pas la nuit. Pour sortir tard, il faut redescendre.

Le dernier métro C passe avant minuit. Après, c'est vingt minutes de descente à pied, ce qui est agréable, ou une course en voiture, ce qui coûte peu mais se trouve mal.

Le dimanche matin, tout est ouvert. C'est le moment où le quartier est le plus lui-même.

Depuis nos appartements des Terreaux, la cour des Voraces est à dix minutes et le marché du boulevard à vingt. Voir les disponibilités.

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Disponible tous les jours de 8 h à 20 h.

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